Parmi toutes les techniques d'habillage d'un abat-jour, il y en a une qui fascine autant qu'elle intimide : le plissé. Un abat-jour plissé avec ses fines nervures régulières qui courent du haut vers le bas, possède une élégance immédiatement reconnaissable.

Derrière cette apparente simplicité se cache pourtant l'une des techniques les plus exigeantes de la lampisterie. Prenons le temps de comprendre pourquoi.

Qu'est-ce qu'un abat-jour plissé ?

Un abat-jour plissé est un abat-jour dont le tissu, au lieu d'être tendu lisse sur la carcasse, est disposé en une succession de plis réguliers. Ces plis peuvent être serrés ou espacés, plats ou arrondis, verticaux ou en éventail. Ils donnent à l'abat-jour un relief et un rythme visuel que le tissu lisse n'a pas.

Le plissé n'est pas qu'une question d'esthétique : il modifie aussi la lumière. Les plis créent une alternance d'ombres et de lumières sur la surface de l'abat-jour, et diffusent un éclairage plus doux et plus texturé. Un abat-jour plissé allumé a quelque chose de vibrant, presque de vivant.

Une petite histoire d'élégance

Le plissé est une technique ancienne, héritée de la couture et de la haute chapellerie. On le retrouve sur les abat-jour des intérieurs bourgeois du XIXᵉ et du début du XXᵉ siècle, où il évoquait le raffinement et le fait-main. Longtemps passé de mode au profit des lignes épurées, le plissé connaît aujourd'hui un vrai retour en grâce dans la décoration, porté par le goût renouvelé pour l'artisanat et les matières.

Les grandes familles de plis

Il n'existe pas un plissé, mais plusieurs. Voici les principaux que l'on rencontre en lampisterie.

Le plissé plat présente des plis nets et couchés, à la manière d'un accordéon aplati.

C'est le plissé le plus graphique et le plus contemporain.

Le plissé rond ou bouillonné présente des plis souples et arrondis, plus généreux, qui donnent du volume et une allure plus romantique.

Le plissé en éventail ou soleil part d'un point resserré vers une base évasée, créant un effet rayonnant particulièrement spectaculaire sur les grandes carcasses.

Chaque type de pli appelle un tissu adapté : les plis plats demandent un tissu qui tient bien la marque, tandis que les plis souples s'accommodent de matières plus fluides.

Pourquoi c'est si technique ?

La difficulté du plissé tient en un mot : la régularité. L’œil humain est impitoyable avec les plis : le moindre écart de largeur, la moindre irrégularité d'espacement se voit immédiatement et gâche l'ensemble. Réussir un plissé, c'est réussir à reproduire exactement le même pli, des dizaines de fois, sur toute la circonférence de l'abat-jour, en revenant précisément à son point de départ.

Cela suppose un calcul préalable rigoureux. Il faut déterminer combien de plis répartir sur la circonférence, quelle largeur donner à chacun, et surtout, c'est le piège classique, s'assurer que le nombre de plis « tombe juste » pour boucler la boucle sans pli bâtard à la jonction. Sur une carcasse conique, la difficulté redouble : la circonférence n'étant pas la même en haut et en bas, les plis doivent s'évaser progressivement, ce qui demande une vraie maîtrise géométrique.

La question de la quantité de tissu

Le plissé est gourmand en tissu. Là où un abat-jour lisse ne demande guère plus que la circonférence de la carcasse, un abat-jour plissé peut réclamer deux à trois fois cette longueur, selon la profondeur des plis. C'est une donnée importante à intégrer dès le choix du tissu, tant pour le budget que pour l'approvisionnement : mieux vaut vérifier qu'on dispose d'un métrage suffisant avant de se lancer, car retrouver le même tissu en cours de route n'est pas toujours possible.

Le travail de la patience

Poser un plissé ne se fait pas à la va-vite. Chaque pli est formé, positionné, ajusté, puis fixé, l'un après l'autre, en maintenant la tension et l'alignement du précédent. C'est un travail lent, méditatif presque, où la précision prime sur la vitesse. On avance pli après pli, en vérifiant régulièrement que l'ensemble reste régulier et que l'on progresse bien vers le point de fermeture.

C'est cette lenteur, ce soin, qui font la valeur d'un abat-jour plissé. Quand on tient une pièce plissée réussie entre les mains, on tient le résultat de dizaines de gestes patients et répétés, et cela se ressent.

Un art qui se mérite

Le plissé est sans doute l'une des techniques qui distingue le plus nettement l'abat-jour artisanal de la production industrielle. Un plissé industriel est thermoformé, mécanique, sans âme. Un plissé fait main porte la trace du geste, la légère irrégularité qui prouve qu'une main humaine est passée par là.

Pour l'artisan comme pour celui qui l'accueille chez lui, un abat-jour plissé est donc bien plus qu'un objet : c'est un morceau de patience mise en lumière. Et c'est précisément ce qui en fait, à mes yeux, un art à part entière.