Si vous demandez à quelqu'un de quoi est fait un abat-jour, il vous répondra sans doute « du tissu et une armature ». Rares sont ceux qui citeront le polyphane et pourtant, cette matière discrète est l'un des secrets les mieux gardés du métier. Sans elle, une grande partie des abat-jour modernes n'existeraient tout simplement pas. Levons le voile sur ce matériau méconnu.

Qu'est-ce que le polyphane ?

Le polyphane est un film plastique semi-rigide, blanc le plus souvent, sur lequel on vient appliquer le tissu de décoration. Il se présente en rouleaux et existe en plusieurs épaisseurs et finitions. Sa fonction est double : servir de support au tissu, et diffuser la lumière de façon homogène.

Le polyphane le plus courant est adhésif sur une face : on retire une pellicule protectrice, on applique le tissu directement sur la surface collante, puis on assemble l'ensemble sur la carcasse. C'est cette technique qui a démocratisé la fabrication d'abat-jour propres et réguliers y compris pour les amateurs.

À quoi sert-il, concrètement ?

Le polyphane remplit plusieurs missions essentielles.

Il donne de la tenue au tissu. Un tissu fin ou souple, seul, ne tiendrait pas droit sur une carcasse. Appliqué sur le polyphane, il devient une paroi rigide, nette, capable d'épouser parfaitement la forme voulue.

Il diffuse la lumière. Grâce à sa translucidité, le polyphane répartit la lumière de l'ampoule de manière homogène sur toute la surface de l'abat-jour en évitant les points chauds, ces zones trop lumineuses qui apparaîtraient si l'ampoule était trop proche d'un tissu seul.

Il protège et unifie. Il fait écran entre l'ampoule et le tissu de décoration, protégeant ce dernier de la chaleur et il donne à l'ensemble une surface régulière pour un rendu propre.

Blanc, doré, argenté, transparent...

Tous les polyphanes ne se ressemblent pas, et leur finition change radicalement le résultat.

Le plus courant est le polyphane blanc : il diffuse une lumière douce et neutre et convient à la plupart des lampes d'ambiance. Le transparent, lui, laisse passer un maximum de clarté pour les effets les plus lumineux, presque de lanterne. Le doré réchauffe la lumière d'un reflet ambré, l'argenté lui donne un éclat plus frais et contemporain. Il en existe aussi en couleur et jusqu'en version double face.

D'un polyphane à l'autre, le même tissu donnera des lampes différentes. Le choisir c'est donc déjà choisir une qualité et une couleur de lumière.

Comment travaille-t-on le polyphane ?

Le principe de base est le suivant. J'applique le tissu sur la face adhésive du polyphane en chassant soigneusement les bulles d'air et les plis, en lissant au plioir en os. On obtient ainsi un ensemble tissu + polyphane.

Cet ensemble est découpé aux bonnes dimensions d'après le gabarit : sur une carcasse conique, cela demande de tracer un développé courbe et non un simple rectangle. Il est ensuite fixé sur la carcasse.

Viennent enfin les finitions des bords, en haut et en bas : le plus souvent une soutache, parfois un galon, plus rarement des franges.

Ce qui paraît simple exige en réalité beaucoup de soin : une bulle d'air mal chassée, un bord mal collé se voient immédiatement surtout une fois la lampe allumée.

Une matière qui a ses exigences

Le polyphane n'est pas une matière capricieuse, mais il demande du respect et il faut le manipuler avec précaution. Il craint la chaleur excessive : c'est pourquoi le choix de l'ampoule compte, les LED qui chauffent peu sont ses meilleures alliées et prolongent la vie de l'abat-jour. Il se marque aussi facilement : une pliure malencontreuse laisse une trace définitive. Il faut donc le manipuler avec des mains propres et sur une surface de travail dégagée.

Le cœur de l'abat-jour

Le polyphane, c'est l'intérieur même de l'abat-jour. Blanc, coloré ou métallisé, il ne disparaît jamais tout à fait : on le voit dès qu'on regarde la lampe de l'intérieur et surtout dès qu'on l'allume. C'est lui qui donne cette surface nette et régulière que l'on admire et cette diffusion douce et sans défaut de la lumière. Le tissu séduit l’œil, la carcasse donne la forme mais c'est le polyphane qui tient tout cela ensemble et met la lumière en valeur.

La prochaine fois que vous admirerez un bel abat-jour bien net, vous saurez qu'entre le tissu et l'ampoule veille le polyphane, translucide et patient, sans laquelle rien ne serait tout à fait aussi lumineux.